49 ans avant la Charte Sapaudine

Les Lyonnais, derrière leurs bannières parcourent les terres des chanoines, au cri de "avant avant Lyon le Meilhor "

 

 

 

 

 

Apres l’abdication de l’archevêque Philippe de Savoie en 1268, l’opposition bourgeoise aux chanoines-comtes s’exprime avec force.

Parce que le recrutement du chapitre primatial fait désormais la part belle aux nobles du plat pays ; parce que les chanoines désormais seuls détenteurs de la justice abusent sans doute de leurs pouvoirs ; parce qu’enfin depuis le milieu du siècle les communautés d’habitants commencent à manifester leur force par le moyen de confréries dites du Saint Esprit qui revendiquent des franchises jusqu’alors très rares en Lyonnais.

Après plusieurs mois de tension le conflit éclate (autour de la Pentecôte) à l’occasion de plusieurs arrestations de bourgeois.

La population réagit violemment en assiégeant le cloitre Saint Jean, puis celui de Saint Just où les chanoines se sont réfugiés.

L’arrivée de troupes du comte de FOREZ contraint les citoyens à retraiter puis à accepter une trêve.
Bientôt les menaces de l’évêque d’Autun (administrant le siège archiépiscopal durant la vacance) provoquent une réaction offensive des Lyonnais qui derrière leurs bannières pillent les terres des chanoines et en octobre – novembre au cri de avant avant Lyon le Meilhor commettent plusieurs atrocités à Civrieux, Genay, Couzon, Ecully.

La ville est en décembre frappée d’interdit par l’autorité religieuse, une trêve est conclue le 22 janvier 1270 et des discussions entreprises sous l’autorité morale du pape et du roi.

Les bourgeois qui ensuite et pendant plusieurs mois organisent une municipalité de facto limitent leurs prétentions, mais l’année suivante, ils se dotent d’un sceau dont la légende est claire : ‘ Sigillum universitatis civium et populi civitatis lugdunensis’ ; voilà qui équivaut et postule l’existence d’une universitas lyonnaise ou, si l’on veut, équivaut à proclamer la commune par voie de fait, les bourgeois jugent toutefois prudent de se couvrir de la protection royale, en mai 1271 une lettre au roi Philippe III dit le hardi est scellée du sceau commun tout neuf, utilisé une nouvelle fois en octobre pour la procuration donnée aux représentants de la ville dans la négociation en cours ; le chapitre cathédral attaque alors les bourgeois devant le parlement de Paris (instance judiciaire suprême) arguant de nullité pour l’emploi abusif des termes ’communitas et universitas’.

En 1273 le parlement rejette la procuration et à la fin de l’année 1274 le pape ordonne que le sceau lui soit remis ; en même temps il interdit toute commune explicite ou tout usage de droit commun ; une municipalité de facto subsiste sous la garde du roi.

ROSSIAUD Jacques professeur émérite et ‘historiographe de la compagnie des pennons.

Lyon le 20 janvier 2019